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Extraits des auditions d’autres acteurs de l’éducation dans l’Yonne

Auditions devant le comité de pilotage de "l’Ecole que nous voulons dans l’Yonne"

paru le lundi 24 avril 2006

la Directrice Départementale de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative

- « Les difficultés que connaît le Sénonais avec un taux d’échec scolaire alarmant : 30% des élèves en 6e ont redoublé au moins une fois »
- « Si on part de l’idée que la réussite passe par l’enseignement, l’éducation à la citoyenneté, le rôle des parents etc., si l’« éducation » doit être partagée, cela signifie qu’il doit y avoir des liens renforcés entre les différents acteurs. Dans l’Yonne, il faut s’interroger sur l’absence parfois de concertation. »

La Directrice départementale de la Protection judiciaire de la jeunesse

(La PJJ est un service déconcentré de l’État qui n’intervient que sur décision judiciaire soit au titre de la protection de l’enfance en danger, soit au titre de l’ordonnance de 1945 sur la délinquance. Si la distinction entre mineur en danger et mineur délinquant n’est pas toujours facile à faire, dans tous les cas, les jeunes suivis par la PJJ sont en grande difficulté, y compris sur le plan scolaire.)

- « Dans l’Yonne, 600 à 700 jeunes par an sont suivis par la PJJ mais pour des mesures différentes. Certaines durent un an. D’autres, les mesures de réparation (pénales), peuvent durer très peu de temps. »
- « On pourrait penser que c’est Sens qui pose le plus de problèmes. En fait, non. Il y a beaucoup de mesures de protection de l’enfance en danger à Sens. Mais dans les villages il y a un certain nombre de jeunes délinquants suivis parfois pour des faits graves. » (...)
- « Il n’y a pas de lycéens concernés ; ce sont plutôt des collégiens (14-15 ans) que nous suivons. Ailleurs en France, c’est la même chose. Le problème se situe au collège. » (...)
- « Il y a peu d’activités culturelles dans l’Yonne. Pas énormément d’offre, ce qui induit une tendance au repli sur soi. Cela risque de poser des problèmes graves à l’intérieur des familles. Le bruit court qu’il y a trop d’enfants placés dans l’Yonne. Quand on interroge les juges, ils nous répondent que c’est tellement dramatique dans certaines familles qu’il vaut mieux placer les enfants, qu’il n’y a pas d’autres solutions. Est-ce que l’isolement n’est dû qu’à la ruralité ? On constate en fait un manque d’entraide, un manque d’émulation. Les gens sont beaucoup plus livrés à eux-mêmes. » (...)
- « Pour les situations précaires, il est certain que la pauvreté est réelle dans certaines familles de la région de Sens. Les frigos sont vides dans certaines familles. »

Une responsable du Centre interprofessionnel de formation des apprentis (CIFA)

- « Le CIFA gère environ 1 500 jeunes apprentis. » (...)
- « Beaucoup de parents nous disent « On vous l’amène car on ne veut plus de lui au collège. » Certes, mais quoi en faire dans ce cas ? Certains métiers sont à conseiller à des jeunes en difficulté, d’autres non. » (...) 
- « Trop souvent, dans l’Yonne, le jeune choisit le métier « qui est au bout de la rue ». C’est lié au manque de mobilité des jeunes dans le département. » (...)
- « Les métiers les moins demandés en 1er voeu sont aussi ceux qui voient le plus grand nombre de contrats résiliés : c’est essentiellement dans l’hôtellerie. » (...)
- « 10 à 15 % des jeunes qui arrivent au CIFA connaissent d’énormes difficultés (calcul, lecture, écriture). Comment ont-ils pu passer à côté de tout ça au cours de leur scolarité ? Ils ne sont pas « neuneu », souvent ils connaissent beaucoup de choses, mais il y a un réel problème de niveau de base. Pour ceux-là, l’échec est assuré. »
- « Il se trouve que nos jeunes rencontrent de plus en plus de problèmes incroyables dans leurs familles. Je me suis aperçue un jour qu’un élève dormait dehors depuis deux ans... je lui ai trouvé un lit. De plus en plus de jeunes sont placés par leurs parents dans des foyers. Il y a de plus en plus de problèmes d’alcool, de drogue. Les jeunes qui arrivent chez nous vivent ça souvent depuis des années. Personne n’a pris le temps de détecter leur problèmes, de les aider. Cela fait dix ans environ que nous constatons une telle dégradation. » (...)
- « Le jeune en CAP doit en douze semaines par an ingurgiter un gros programme, fait à la fois de pratique professionnelle, de technologie professionnelle et d’enseignement général. »

M. José JACQUEMAIN, Inspecteur de l’Éducation Nationale chargé de l’information et de l’orientation

- « Il y a quelques années, un Inspecteur Général, à la suite de sa visite dans l’Yonne concluait que ce département était « tiraillé entre le poids d’une certaine ruralité et le poids de l’éducation prioritaire ». (25% des collèges du département sont classés en ZEP.)
Le département doit en effet répondre à ces deux exigences (ruralité, secteurs en difficulté). Dans ma propre expérience d’Inspecteur, j’ai toujours jugé cette double exigence très enrichissante. »
- « Il faut nuancer les propos concernant le catastrophisme du rapport. Il s’agit surtout d’un « discours » ambiant et pas forcément de la réalité. On est surtout dans un problème d’image. Il faut se demander ce qui provoque cette représentation ? Pour mieux cerner les problèmes, je souhaite que l’étude s’intéresse aux caractéristiques de chacune des zones du département plutôt qu’à des moyennes statistiques. Par exemple, en Puisaye, au vu de leurs résultats, les petits collèges se situent parmi les 25% meilleurs du département. Comment interpréter cela ? Comment en tirer parti pour l’ensemble des résultats du département ? »

M. Christian ARMANGAUD, Secrétaire général de l’Inspection Académique de l’Yonne

- Il voit des enseignants se renseigner surtout sur leur évolution de carrière administrative. Il constate un manque de culture administrative totale de la part des directeurs d’école, des enseignants et déplore le peu d’intérêt pour les vrais exposés qu’on leur fait sur le fonctionnement de l’institution à leur arrivée dans l’académie. Il faudrait sans doute revoir les choses au niveau de la formation (des directeurs d’école, des enseignants) et donner à chacun un minimum de culture administrative.