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S’agit-il de faire garderie ?

paru le samedi 6 juin 2020

Traversés de courants contraires, nous nous efforçons de faire nos choix pédagogiques au fil de cette période mouvementée. Si l’on ne peut que désapprouver nombre de décisions gouvernementales orchestrées par des préoccupations plus économiques que pédagogiques, il n’en reste pas moins que cette reprise en "présentiel", comme nous avons dû apprendre à le dire, nous interpelle sur le sens de notre métier en cette fin d’année scolaire.
Le fait de faire passer au second plan les contenus pédagogiques liés à la progression classique des programmes de l’année scolaire en cours, officiellement affiché dans un but de "soutien et remédiation" pour les élèves décrocheurs, conduit de nombreux collègues au sentiment de devoir "faire garderie" plutôt que notre métier d’enseignant, dans ce qu’il a de défini et de précis en termes de programmes. Nous pouvons également constater depuis la reprise du 2 juin, qu’en réalité les élèves prêts à revenir en classe ne sont pas ceux qui sont "décrocheurs" mais plutôt ceux qui se sont assidûment emparés des supports fournis dans les ENT. Ce sont également ceux qui ont le plus souvent fréquenté les séances de classes virtuelles ou autres dispositifs de dialogues permettant une interaction essentielle à la continuité pédagogique, à la notion même d’école peut-être. Une période de "reconsolidation" de ce qui a été vu pendant le confinement nous est demandée, et parallèlement des parents s’inquiètent que les programmes ne soient pas étudiés dans leur ensemble.
Nous n’avons pas tous travaillé de la même manière pendant la période de confinement, mais il est manifeste que le souci de garantir une continuité relationnelle et fonctionnelle de l’école a tenu à cœur aux enseignants, sous une forme ou une autre. Il est donc tout à la fois compréhensible d’avoir tenu et de tenir à ses exigences en terme de pédagogie tout en ayant adapté, assoupli nos attentes en termes de travail scolaire pour permettre aux élèves de vivre le mieux ou le moins mal possible cette période dense et difficile sur le plan de l’adaptation.
Ces efforts que nous avons déployés dans des séances plus ou moins productives et efficaces sur le plan des avancées dans le programme et des acquisitions, nous allons les déployer, pour les enseignants en mesure de reprendre des groupes avec les contraintes que l’on sait, à nouveau dans les salles de classe. Cette fois les problèmes de connexion ne seront plus en question, mais nous serons face à des exigences plus primaires de réassurance, reapproprition des espaces et d’habitudes nouvelles par rapport à celles d’avant le confinement. Sur un plan pédagogique, il nous faut sauver l’élève d’une année chaotique, restaurer sa confiance, son envie d’apprendre si elle a été éteinte (et cela peut vraiment se comprendre au delà de toute considération de résultats scolaires), tout en assurant les contenus essentiels à l’année en cours, que ce soit en présence ou à distance... S’il ne s’agit pas de faire garderie, il reste très complexe de proposer des séances répondant aux différentes attentes des élèves, pour ceux qui sont restés connectés ou/et sont revenus au contact de l’école, bien entendu.